Malades et méthodes
Il s'agit d'une étude rétrospective sur 15 ans (1994 à 2009) menée dans le service de Gastroentérologie et de Chirurgie du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Kamenge. Durant cette période, 267 malades ont eu une suspicion de tumeur du pancréas à l'échographie ou au scanner. Nous avons alors sélectionné les malades qui ont subit une laparotomie avec preuve histologique de tumeur maligne du pancréas. Nous avons exclus tous ceux qui avaient des tumeurs kystiques, des pseudokystes ou d'autres lésions bénignes.
Résultats
Parmi les 267 malades, 61 avaient des tumeurs solides évidentes dans le pancréas, 76 avaient des lésions anéchogènes type kystiques (ou pseudokystes), 57 avaient un pancréas d'échostructure hétérogène (laissant un doute sur l'existence de petites tumeurs) et 7 3 avaient une dilatation du cholédoque et des voies biliaires intra hépatiques sans lithiase (calcul) ou autre obstacle décelable à l'échographie (mais n'ont pas eu de scanner ou IRM). Beaucoup de ces malades ont été perdus de vue. Ils pourraient avoir été opérés dans d'autres hôpitaux du pays. Au total, 36 cas ont été retenus ; 23 hommes (63,9%) et 13 femmes (36,1%). L'âge moyen était de 51,3 ans avec les extrêmes de 38 et 66 ans. Le principal facteur de risque retrouvé était le tabagisme chez 19 patients (52,9%). Les autres facteurs considérés comme tel étaient l'alcool et le diabète. Le diabète était retrouvé chez 6 malades (16,6%), deux ayant des antécédents familiaux de cancer (5,5%). L'alcool était associé à la pancréatite chronique chez 3 patients (8,3%), à l'obésité chez 3 patients (8,3%), au diabète chez 4 cas (11,1%) et isolé chez 5 patients (13,9%). La présentation clinique du cancer était dominée par un ictère chez 28 malades (77,8%), associé à un prurit chez 8 patients (22,2%). Les autres signes étaient les douleurs abdominales chez 20 malades (55,6%), l'amaigrissement chez 21 patients (58,3%), des masses palpables chez 12 malades (33,3%). L'échographie a été réalisée chez 100% des patients, complétée par un scanner chez 5 patients (13,9%). Ces examens ont révélé des tumeurs solides du pancréas. La lésion était située dans la tête chez 25 malades (64,4%), dans la tête et le corps chez 3 malades (8,3%), dans le corps chez 5 patients (13,9%), dans le corps et la queue chez un malade (2,8%) et dans la queue chez 2 malades (5,5%). A la laparotomie, la tumeur était limitée dans le pancréas chez 6 malades. Pour les autres patients, 19 avaient des localisations ganglionnaires avec engainements vasculaires (52,8%), 4 malades avaient des métastases hépatiques (11,1%), 4 avaient une carcinomatose péritonéale (11,1%) et 3 patients avaient des disséminations ganglionnaires, hépatiques et péritonéales (8,3%). Les analyses anatomopathologiques ont montré que 32 (88,9%) étaient des adénocarcinomes canalaires, et 4 (11,1%) des cystadénomes mucineux. Quant au geste thérapeutique, 3 malades (8,3%) ont eu une duodéno-pacréatectomie céphalique (DPC), 16 malades (44,4%) une double dérivation bilio-digestive et gastro-jejunale et 2 patients ont eu une dérivation bilio-digestive seule. Les 15 autres n'ont pas bénéficié de geste thérapeutique suite à l'extension tumorale avérée. La chimiothérapie n'a pas été utilisée.
Conclusion
Bien que rare, le cancer du pancréas est une réalité dans notre pays. L'adénocarcinome est le type le plus dominant. Il est découvert au stade avancé, la chirurgie curative n'étant plus possible. Des travaux dans d'autres centres devraient être menés pour bien comprendre ce cancer dans notre pays.
